Le blog de Jean-Michel Aphatie
Informations, impressions, commentaires : mon regard sur l'actualité politique.
J.O à Pékin, Assad à Paris, droits de l'homme aux oubliettes 08/07
C?est une double page du Figaro. Page 7, celle de droite: A J-30, Pékin vise des Jeux « sans incidents ». Page 6, celle de gauche, une longue interview de Bachar-Al-Assad, président de la Syrie, qui se félicite notamment de la « rupture » opérée par l?actuel président de la République française dans sa politique vis-à-vis de son pays. En clair, jusqu?ici, il était boycotté, désormais il ne l?est plus. Donc, il est content.Que confirme cette double page? Que le monde n?est pas conforme à nos rêves et qu?il faut le prendre tel qu?il est. La Chine, aujourd?hui déjà, demain encore davantage, est un acteur majeur des relations internationales. Nous devons parler, commercer, construire, avec la Chine. La Syrie, vieille terre de civilisation, pèse d?un poids très lourd dans la région du monde où se fabriquent beaucoup de nos malheurs contemporains. Alors, oui, il faut parler et construire avec la Syrie.Au delà de ces confirmations, que nous apprend cette double page? Que le discours de l?Occident repose sur des valeurs que ses actes négligent. Nouer des partenariats avec la Chine est une chose. Aller « jouer » en Chine en est une autre. Dialoguer avec la Syrie est une chose. Ordonner ce dialogue de telle façon que son principal dirigeant se trouve, le 14 juillet, sur la tribune officielle d?une république qui, ce jour là, célèbre la liberté et la fraternité, en est une autre.Les esprits blasés, cyniques, forts pour tout dire, pourront railler le constat. Il n?en reste pas moins que ceux qui parlent au nom de la collectivité désorientent toujours ceux à qui ils s?adressent quand ils proclament des valeurs dans leurs discours et qu?ils les négligent dans leurs actes.Jamais les Jeux olympiques n?auraient dû être confiés à une dictature. Jamais Bachar Al Assad n?aurait dû participer aux festivités du 14 juillet. Que cela se produise dit bien l?état de confusion dans laquelle se trouve, hélas trop souvent, ceux qui nous dirigent ou nous représentent.
"Stop à la dette Sarko!" 07/07
Quelques nouvelles du front, le seul qui vaille, celui qui commande tout le reste, ou pour dire les choses autrement, quelques nouvelles de cette bataille de Verdun que nous menons pas, c?est pour cela que nous la perdrons, et que des esprits faux, qui éditent un hebdomadaire, mais hélas pas seulement eux, déconseillent de mener au motif, faux et stupide pour reprendre des adjectifs en vogue, que c?est « libéral », et ceci et cela.Je veux parler, bien sûr, évidemment, des finances publiques. Encore une fois, et toujours, et encore. Page 3 des Echos vendredi, un papier d?apparence technique, donc sans prolongements dans le débat public, un papier signé par Vincent de Longueville et Etienne Lefebvre, tout simple et bourré d?informations.La Banque centrale européenne (BCE) a relevé, la veille, le taux directeur de l?euro de 0,25%. Conséquence immédiate pour l?Etat: le placement à court terme d?une partie de la faramineuse dette publique, 100 milliards sur un total d?environ 1300 milliards d?euros, renchérit le remboursement de 250 millions d?euros.Ceci pourrait fournir des arguments à ceux qui voient en Jean-Claude Trichet, le président de la BCE, l?incarnation du Diable marié à la bêtise. Mais le papier des Echos, subtil parce que factuel, du journalisme en fait, détruit toute velléité de procès en sorcellerie. En effet, si la BCE a augmenté les taux, c?est pour tenter de contrecarrer les effets inflationnistes liés, pour l?essentiel, à la flambée des matières premières. Or, justement, l?inflation déjà constatée coûte cher à l?Etat.Il faut savoir, je ne le savais pas, je l?ai appris, qu?une partie des emprunts contractés par les administrations dans le vaste océan de la dette publique sont indexés sur l?inflation. Donc, quand celle ci augmente, le coût du remboursement augmente aussi. D?autre part, les retraites des agents de l?Etat sont elles aussi indexées sur l?inflation. Au total, assure le papier des Echos, pour 2009, c?est environ 1 milliard d?euros de dépenses supplémentaires que l?Etat doit d?ores et déjà prendre en compte du seul fait du niveau relativement important constaté dans la zone euro. Au total du total quand la BCE, comme c?est d?ailleurs sa mission, prétend vouloir mener une lutte rigoureuse contre l?inflation, elle sert l?intérêt général de la France endettée jusqu?à l?os et jusqu?au cou et qui souffre sous les coups de la conjoncture pour cette seule et unique raison que le boulet de sa dette, le poids de sa dette, le malheur de sa dette, l?empêche littéralement de faire face aux chocs de l?histoire économique en train de s?écrire.On ne dira jamais assez, on ne répétera jamais assez que la dette nous asphyxie, et que la dette pourrait nous tuer. De tous les chantiers qui sont devant nous, celui là est prioritaire. Le président de la République pourra se gargariser jusqu?à la fin des temps d?avoir fait plus de réformes en France que personne d?autre avant lui, ni Napoléon, ni de Gaulle, ni Charlemagne, ni Clovis, ni Louis de Funès, ni Jean-François Kahn, ni Paul Amar, ni Versac, ne peuvent résiter à la comparaison. Sarko premier, bravo, content de lui. Seulement, le chantier qui commande tous les autres, c?est celui là: la dette, la dette, la dette. La vraie réforme, celle qui est encore à venir, c?est celle là: construire un discours sur la dette, faire partager l?urgence et la complexité du problème, proposer des solutions pour la faire diminuer de telle sorte que le fardeau s?allège.Deux anecdotes à ce propos. Un déjeuner, voilà dix jours, avec un ancien ministre, aujourd?hui parlementaire de l?UMP. Pendant une heure, de la pommade au président, de la pommade au gouvernement, de la pommade, de la pommade. Au bout d?un moment, comme s?apercevant que j?existe et que je peux avoir une pensée, il s?avise de me demander ce que je pense, moi, de la pommade. En deux mots, réponse simple: du flan et du vent. Le vrai boulet, c?est la dette. On continue de la creuser. Nous sommes fous, collectivement, les pommadés et les pas pommadés. Et loà, stupeur, miracle, étonnement, son visage change, la bulle de contentement qu?il s?était fabriqué se dégonfle. Je suis d?accord, me dit-il, nous allons dans le mur, ceci m?angoisse, mais personne ne veut sérieusement traiter ce problème. D?un coup, nous étions dans la sincérité. Avant, il était dans le mensonge, où nous nous laissons tous entraîner.C?est cela qui m?agace. Le problème numéro un de la société française, ce n?est pas: « Stop à la télé Sarko! ». C?est: « Stop à la dette Sarko! », puisque c?est lui qui, aujourd?hui, en a la charge.Deuxième anecdote. Hier, après le Grand Jury d?Hervé Morin, discussion informelle avec des députés qui ont accompagné le ministre de la Défense. Au détour de la discussion, après des doutes émis par moi, moi, moi, ce cri du coeur de l?un d?entre eux: « Mais c?est évident que le budget ne sera pas à l?équilibre en 2012. » Pourtant, c?est la thèse, l?a priori du gouvernement, son engagement sa promesse. Personne n?y croit, et d?abord pas les députés de la majorité qui pourtant voteront le prochain budget.A quoi rime, à ce propos, l?engagement de faire passer la TVA dans la restauration de 19,6% à 5,5%. La conséquence assurée, ce sera une perte de recettes fiscales de 2 à 3 milliards d?euros. Espérer une compensation d?un surcroît d?activités hôtelières, alors même qu?un ralentissement de croissance est annoncée est à peu près aussi réaliste qu'espérer l?éclosion d?une idée au parti socialiste.Deux remarques pour terminer. Il y a quelques mois encore, Arnaud Montebourg était un farouche partisan du non cumul des mandats. Depuis le mois de mars, le député de Saône-et-Loire est devenu, en plus, à coté, président du conseil général de son département. Demain, en plus et à côté, il sera candidat à fonction de président de groupe à l?Assemblée nationale, pour l?instant détenue par un député qui est maire de l?une des plus grandes villes de France. Pourquoi le mensonge est-il une permanence de la vie politique française?Les barons de la blogosphère sont vraiment mignons. Ils vous canardent méchamment dans des papiers prétentieux et ampoulés. Ils assurent que vous faites mal votre boulot, que vous êtes nuls, que vous n?avez de journaliste que la prétention et que vous êtes une honte ambulante dans le paysage démocratique français. Vous répondez quelque chose du style: vous ne risquez pas de mourir de modestie, votre seigneurie, et on vous rétorque que vous êtes un gros jaloux, que vous ne supportez pas le monde des blogs, que vous êtes une vieille chaussette usée face au monde moderne d?Internet.La cuistrerie, c?est comme la dette: on ne va pas en être débarrassé tout de suite.
Réponse à Versac
Peut-être ne connaissez-vous pas Versac. Dommage. Celui qui écrit sous ce pseudonyme est à la blogosphère et au journalisme ce que le Pape est à la chrétienté, Nicolas Sarkozy à la droite française, EDF à l'electricité et Alvaro Uribe aux otages détenus dans l'abominable jungle:une référence, un guide, un phare, une respiration sprirtuelle, et je pourrai continuer la liste si je n'étais pas pressé.Versac, conscience vénéré de la Sainte toile, daigne écrire sur moi quelques mots que je vous livre bruts, sans plus de fioritures:"Je m'étonne un peude la fureur que déchaîne actuellement Jean-Michel Aphatie contre lui.Cela fait longtemps que je ne l'écoute plus vraiment ni ne le lis (jen'écoute pas RTL et ne regarde pas beaucoup la télévision). Je n'aijamais trouvé son style intéressant, son fond vraiment solide, j'aitoujours lu chez lui cette fascination pour la petite politique. Jen'ai jamais goûté sa posture de donneur de leçons, son côté "moi jesuis irréprochable". Pour autant, il me semble juste, mais je peux metromper, quelqu'un d'un peu enkysté dans des certitudes, dans desillusions sur son métier et sa pratique personnelle. Et pas un mauvaiscynique. Je peux me tromper. Que lui reproche-t-on, sinon un peu deflagornerie (habituelle), un peu de maljournalisme, trop d'illusionssur lui-même ? Maladies fréquentes, non ? La sérénité du propos se combine à la modestie du mode de vie: "Je n'écoute pas RTL et ne regarde pas beaucoup la télévision." Sublime hauteur de vue.Mais au chapitre de la profondeur d'analyse, ceci: "Jen'ai jamais goûté sa posture de donneur de leçons, son côté "moi jesuis irréprochable".Et puis, tout de suite après, cela: "Pour autant, il me semble juste, mais je peux metromper, quelqu'un d'un peu enkysté dans des certitudes, dans desillusions sur son métier et sa pratique personnelle. Et pas un mauvaiscynique. Je peux me tromper. Que lui reproche-t-on, sinon un peu deflagornerie (habituelle), un peu de maljournalisme, trop d'illusionssur lui-même ? Maladies fréquentes, non ?"Venant de la part de quelqu'un qui n'aime pas les donneurs de leçons, mais qui vous habille quand même pour l'hiver, c'est tout de même asez savoureux.La Toile, qui n'est pas que cela, est aussi une vertigineuse mise en abîme d'égos qui ne demandent qu'à s'étaler. Dans le registre, Versac mérite incontestablement le titre de grand prêtre à casquette quatre étoiles (ou cinq).
Première polémique, premiers bilans 04/07
Ingrid Betancourt sera tout à l?heure à Paris. Moments d?émotion encore, et le temps aussi des premières polémiques. Récupération politique ou pas? Ségolène Royal, depuis le Québec, a entamé le procès, jugeant que le président français n?était pour rien dans la libération de l?otage et que toute tentative d?appropriation du résultat de sa part serait « décalée ». Le premier ministre, des élus de l?UMP, ont commencé à lui répondre.Deux mots sur la querelle. Il faut d?abord noter la constance avec laquelle Ségolène Royal attaque Nicolas Sarkozy. Tout paraît se mêler dans son attitude. Une volonté de revanche, évidente, après la défaite de l?élection présidentielle. Le sentiment, aussi, d?une affaire personnelle, comme si ce combat contre le président de la République était le seul digne de son statut, de son aura, du moins de l?idée qu?elle se fait de l?un et de l?autre. Un comportement stratégique enfin, Ségolène Royal cherchant à démontrer jour après jour, histoire après histoire, qu?elle est, et de loin, la meilleur opposante, la plus déterminée, la plus solide.Cette attitude produit des effets à la fois négatifs et bénéfiques. Certains jugeront l?attaque déplacée, prématurée. Il ne faut pas négliger le plaisir que procure un bonheur collectif partagé. Rompre le charme, c?est endosser la tunique de la méchanceté et sembler torturé par la jalousie. Dans le même temps, la critique conforte ceux qui n?aiment pas Nicolas Sarkozy, que son style exaspère, et qui déjà lèvent les yeux au ciel en l?imaginant, avec son épouse, tout heureux de se retrouver au centre de l?évènement lors des retrouvailles avec l?otage.Au delà de ces aspects politiques, les premières polémiques agissent comme des signaux publics. Elles signifient que la communauté, saturées d?émotions procurées par la force de l?évènement, s?apprête déjà à tourner la page, à regarder ailleurs, à retrouver le rythme et les soucis de la vie ordinaire: le pétrole qui augmente, Domenech reconduit, la télévision en désordre, la pollution, les vacances, etc.Quelques éléments commencent à filtrer concernant la libération d?Ingrid Betancourt. L?administration américaine a fait savoir, dès hier, qu?elle avait assisté l?armée colombienne dans la préparation et l?organisation de l?opération de récupération des otages. Invité de RTL, ce matin, à 7h50, Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, a pris une distance prudente avec cette présentation des faits. Y aurait-il côté français, un peu d?amertume à se sentir ainsi pratiquement doublé par les Américains?Ce matin, enfin, une radio israélienne assure que des conseillers militaires israéliens ont « participé aux préparatifs » du commando colombien. La formule suggère qu?ils n?ont pas été directement mené à l?action mais pour l?instant, le flou demeure sur leur rôle. Là encore, l?information révèle la distance qui s?est creusé, tout au long des mois entre le pouvoir colombien et la diplomatie française. Celle ci poussait à la négociation quand celui ci préparait l?action. Bernard Kouchner l?a d?ailleurs reconnu, ce matin: la libération d?Ingrid Betancourt représente une victoire politique pour le président Uribe.Manière polie de dire que personne d?autre ne peut, dans cette histoire, tirer la couverture à lui et que tous, en revanche, doivent se féliciter du résultat.Bon week end
Eh oui, Ingrid Betancourt est libre! 03/07
Ce matin, mes loulous, vous êtes gâtés. Deux billets pour le même prix, celui-ci c'est le second, le premier c'est juste dessous. Ne me remerciez pas. Rien à voir avec les soldes, juste la délicatesse. Difficile, en effet, à moins d'être un gougnaffier de première classe, de mêler de la petite politique à la tranche d'humanisme que nous offre l'actualité. Alors, le premier billet, un peu propre, sur l'info, le deuxième, celui ci, pour les conspirationnistes qui pullulent sur la toile et les aigris du bonnet qui trouvent qu'on nous la baille bien belle.Savez-vous que l'on se retient, ce matin, sur certains blogs? Faut pas se retenir, ça peut faire pêter la sous ventrière, faut respirer, se détendre. Ah, la déception! C'est qu'il y avait du grain à moudre aujourd'hui, de l'anti sarko de premier choix. France Télévision en pétard, le pdg en furie, les militaires au bord de la rébellion: mal barré le président de la France. L'actu était parfaite, du pain bêni. Et que se passe-t-il? Alvaro Uribe arrive, Zorro de Colombie, avec sa grosse clique de militaires et ni vu ni connu, je t'embrouille les Farc et je ramène Ingrid. C'est là qu'on lit la frustration sur certains sites ce matin, 2 quelque chose, ou des blogs pas z'anonymes... C'est quand même pas de bol, lit-on entre les lignes, le matin où on pouvait se le faire, notre Napoléon à nous, patatras, on ne peut plus parler d'autres chose, Ingrid ici, Ingrid là. Et bientôt, pressent même un angoissé, des photos Ingrid avec Nicolas et avec Carla, l'horreur....Tiens, au passage, j'ai lu ici aussi quelques commentaires assez nuls, voire du super nul, certains s'arrachent dans le registre beauf et compagnie.Quand même, on peut bien être content deux heures, humains une demi journée? Bien sûr que c'est le bordel dans l'armée française. Un chef d'Etat major dégoupillé comme un stagiaire, bien sur que ça choque. Et le service public de télévision à qui on met la tête sous l'eau et on lui demande après s'il a du mal à respirer, bien sûr que ça donne envie d'allumer le feu. Mais un peu de patience, une petite respration poêtique, ça ne fait pas du mal non plus. Il n'ya pas que Sarko dans la vie. Il y a la vie aussi. Et dans la vie, ce matin, il y a Ingrid, courageuse et belle, émouvante, avez-vous oublié ce que veut dire ce mot, émouvante.Alors, soyez ému, un peu, pas longtemps. La bataille reprendra, très vite. Normal. Ca aussi c'est la vie. Mais en attendant, mettez-vous ça dans la tête: Ingrid est lire et c'est une sacré bonne nouvelle.
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