
La crise toujours, "Les Infiltrés" encore 07/10
Que dire de plus que ce qui a dà©jà à©tà© dit sur la crise qui nous assaille? Que dire d’utile, qui ne soit ni pessimiste, ni apocalyptique, ni dà©faitiste? Que dire de sensà©, d’intelligent, sur ce monde qui dà©raille?
Oui, certainement, il y aura des leà§ons à tirer de tout ceci. L’argent pas cher par exemple. Qu’est-ce qu’on nous a gavà©, et pendant des annà©es, avec cette politique amà©ricaine des taux d’intà©ràªts bas, de l’emprunt facile des mà©nages. Je me souviens de responsables politiques franà§ais qui jugeaient drà´lement formidable les prà©sidents de banque centrale amà©ricaine, eux au moins ils savaient baisser les taux d’intà©ràªts alors que notre Jean-Claude Trichet à©tait dà©peint comme un benàªt, accrochà© à l’inflation, alors que l’inflation, ah, ah, ah, ce n’est pas le problà¨me...
Avez-vous oublià© les noms de ces stratà¨ges financiers qui ont accablà© le dà©bat public de leurs certitudes? L’argent pas cher aux Etats-Unis a eu une vertu: les annà©es d’expansion et de croissance. Il n’a qu’un dà©faut: à un moment, pour une cause mal identifià©e ou pas anticipà©e, tout explose. L’à©conomie a ceci de certain: quand on construit sur des sables mouvants, un jour tout s’enfonce.
La France vit à crà©dit depuis trente ans. L’Etat vit à crà©dit depuis trente ans. Des batailles sà©mantiques à©puisantes ont fini par faire triompher l’idà©e dans le public que ce n’à©tait pas grave, que l’Etat ce n’est pas les mà©nages, et qu’il faut àªtre sot pour s’alarmer de la situation. Ben voyons...
L’Etat, justement, devra s’endetter bientà´t, trà¨s bientà´t, et beaucoup, trà¨s beaucoup. La dernià¨re idà©e à la mode, qui n’est pas fausse, c’est bien le drame, concerne ce « fonds de garantie » que l’Europe devra bien finir par crà©er pour ramener de la confiance sur les marchà©s. Notre « plan Paulson » à nous. L’argent public achètera des obligations pourries pour nettoyer les marchés. Les banquiers peuvent dormir tranquilles, leurs fautes seront rachetées, et cher.
Pour alimenter ce fonds, il faudra verser des sous. Of course. Beaucoup de sous. Of course. Chaque Etat devra verser environ 3% de son PIB dans ce fonds sans fond. Pour la France, ce sera de l’ordre d’une cinquantaine de milliards d’euros. D’o๠les sortirons-nous? De quel chapeau de magicien? Abracadabra... emprunt! C’est, et de loin, ce que nous savons faire de mieux en France. Et dans l’urgence, il se trouvera toujours des docteurs « tant pis » pour nous faire avaler la potion.
Ce matin, Alain Minc à©tait l’invità© de RTL, à 7h50. Si vous l’avez à©coutà©, l’intelligence de son propos, la vivacità© de son esprit, ont dà» vous frapper. Si vous l’avez manquà©, à©coutez-le. C’est un bon moment de radio. Que vous soyez d’accord ou pas.
A nouveau « Les Infiltrà©s ». Parmi les journalistes qui expriment un dà©saccord avec ma position, Renard Revel, spà©cialiste des mà©dias à L’Express. Sur son blog, il à©crit ceci:
L’introduction de camà©ras et de micros cachà©s a permis depuis une dizaine d’annà©es, date de l’apparition de cette pratique journalistique, de mettre à jour ce que le journalisme classique ne parvenait ou ne parvient pas à dà©montrer.
Bavures policià¨res, scandales alimentaires, infractions au code du travail, harcà¨lements dans l’entreprise, duplicità© et mensonges de la classe politique…l’information a souvent gagnà© en à©claircissement et en transparence grà¢ce à la mise en Å“uvre de mà©thodes d’investigation, dures et peu conformes certes aux sacro-saintes rà¨gles du mà©tier, mais probantes: des pratiques sans lesquelles certaines và©rità©s n’auraient jamais à©tà© dites.
C’est l’introduction de micros ou de camà©ras dissimulà©s par des journalistes dans certains commissariats qui a notamment permis de faire à©voluer, au fil de documents souvent accablants, la là©gislation sur la garde a vue. C’est en introduisant clandestinement de tels à©quipements de tournage dans les coulisses et le maquis de la grande distribution qu’ont à©tà© mises à jour certaines autres pratiques et mà©thodes des gà©ants de ce secteur, souvent peu avouables face camà©ras. Et l’on pourrait donner ici bien d’autres exemples d’entreprises ou d’administrations dont certaines dà©rives dangereuses n’ont pu àªtre percà©s que grà¢ce à l’utilisation de techniques journalistiques agressives.
Sans verser dans l’emphase, une camà©ra introduite, à bon escient, dans certains lieux o๠l’opacità©, le secret et le silence, sont de mise, relà¨ve à mon sens d’un nà©cessaire droit à l’information. Dans une dà©mocratie, il n’y a pas pire que l’omerta.
Un journaliste qui encourage la dissimulation a quelque chose d’à©trange. Se cacher pour parvenir à la transparence, quel drà´le de conseil. Se cacher pour rà©tablir l’ordre, pour restaurer la justice, oui. Mais ceci n’est pas le journalisme. C’est bien cet esprit là qui m’inquià¨te, ce poujadisme professionnel. Si je dis que je suis journaliste, « on » va me mentir. Donc, je mens, et alors j’aurai la và©rità©. On se perd infiniment, et infiniment vite dans ces pratiques.
Le texte de Renaud Revel me paraà®t idà©aliser fortement les quelques rares expà©riences de reportage en camà©ra cachà© que nous connaissons. J’ai bien notà© que tel ou tel magazine consacrà© à l’à©conomie cachait ses journalistes dans les rayons de petits pois de supermarchà©s pour dà©monter la supercherie des promotions promotionnelles. Bon, bof. Pour les choses sà©rieuses, les exemples ne sont pas là©gion pour cette seule raison que se cacher handicap, paradoxalement, l’à©tablissement journalistique des faits. Se cacher, c’est dà©noncer à moitià©, car tout devient anonyme et gà©nà©rique. Ce n’est pas un commissariat prà©cis que montre une camà©ra cachà©, mais « un » commissariat, dans Paris, ou ailleurs, on ne peut pas vous dire o๠c’est vu qu’on a volà© les images. Idem pour « la »maison de retraite. Quand la secrà©taire d’Etat demande sa localisation, les producteurs des « Infiltrà©s » ne veulent pas lui rà©pondre au motif suivant: « on est pas des flics ». Donc, rien n’est dit, rien n’est montrà©.
Enfin, Renard Revel esquive une autre question qui n’est pas mince. Cacher une camà©ra pour la promener dans la rà©daction du magazine à scandales Closer ne gàªnerait personne. Closer, dans l’esprit du reportage, est condamnà© par avance, clouà© au pilori des convenances. En fait, le contraire du journalisme.
Imaginons que « Les Infiltrà©s » soient facà©tieux, ou bien curieux, ce qui est assez journalistique comme sentiment. Imaginons qu’ils se mettent en tàªte de dà©monter la machine à fabriquer l’information. Par exemple, ceci: comment L’Express, beau et grand magazine d’information, malaxe-t-il la matià¨re qu’il offre chaque semaine à ses lecteurs? Comment choisit-il, hià©rarchise-t-il? Comment accomplit-il sa mission d’informer, qui prà©sente un intà©ràªt public?
Voilà donc, dà©guisà© en stagiaire, un journaliste qui se promà¨ne partout pendant deux mois, qui voit non pas tout mais beaucoup de choses, les dà©bats, les engueulades, la noblesse de la vie d’une rà©daction mais aussi ses petitesses, et qui un jour, à la tà©là©vision, livre tout, dà©balle tout, montre tout.
Que dira alors la corporation? Bravo! Bon travail! Continuez! Ou bien, stop, pas de ça chez moi, dehors « Les Infiltrés »!
Si vous voulez, on prend les paris...
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le blog de jean-michel aphatie